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Aux portes du destin

Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 14:24

Aux portes du destin

 

Chapitre 1

 

Sur les rives du fleuve Avalis qui traverse le pays sablonneux d’Albina, des adolescents d’une quinzaine d’années étaient réunis là et s’amusaient. La peau dorée par les caresses du soleil, filles et garçons, discutaient, jouaient et riaient ensemble. Les garçons se lancèrent au défi de traverser le court d’eau à la nage afin de se rafraîchir mais surtout pour épater les jeunes filles qui les encourageaient par leurs exploits.

Parmi eux, Amasis se distinguait de ses camarades de sa haute taille, les surplombant de dix bons centimètres au moins. Il possédait un corps d’athlète à la musculature fine et puissante, à la peau mate, un visage allongé encadré par des cheveux  longs, raides et bruns, aux yeux noirs et vifs, à la mâchoire affirmée qui lui donnait une expression autoritaire et séductrice qui charmait ces demoiselles. Il fallait ajouter à cela sa noble lignée et pas n’importe laquelle ; Amasis était le fils cadet du roi Shaï et de la reine Arshtat qui gouvernaient Albina.

Le départ de la course fut donné et les garçons s’élancèrent à l’eau. Amasis ne mit que quelques minutes pour rejoindre l’autre rive alors que ses rivaux se débattaient toujours contre le courant du fleuve sous les encouragements des filles. Il sortit de l’eau, nullement essoufflé par cette épreuve. Accompagné d’une légère brise qui faisait danser les roseaux, le soleil séchait sa peau pendant qu’il attendait que ses compagnons le rejoignent.

Il laissa alors son regard vagabonder, lui offrant la vision d’une terre de feu formée de dunes de sable chaud et de collines sans fin. Albina était un pays aride où luttait la végétation que le soleil malmenait de ses rayons. Seules quelques bandes de verdures résistaient au désert, la chaleur étouffante faisant courber les nombreux palmiers que survolaient des nuées d’hirondelles aux vols harmonieux et élégants arpentant un ciel d’un bleu pur. Et sur les berges du fleuve impétueux, qui cherchait à se frayer un chemin sur le sol luttant contre l’aridité, de longues plages de sable ocre venaient mourir là où l’eau léchait le sol avide de son touché.

Soudain, l'attention du prince fut attirée par un détail insolite. S'approchant lentement de la source de sa curiosité il resta stupéfait en apercevant une silhouette inanimée qui gisait quelques mètres plus loin, et que le courant du fleuve avait dû déposer de ses flots sur la berge.

C’était un corps humain…

Amasis fut vite rejoint par son meilleur ami, Qed. Grand, les épaules larges, la chevelure noire, bouclée et abondante, la peau mate et le corps bien battit, Qed n'avait rien a envié au descendant du trône sur le plan physique. Dès leur première rencontre, les deux garçons n'avaient pas tardé à s'affronter sur tous les terrains possibles et inimaginables, avant de se lier d'amitié et de présenter un front commun pour jouer de mauvais tours à leurs enseignants. 

 

- Que t'arrive-t-il Amasis? Questionna Qed en voyant son ami rester immobile.

 

Il n'avait pas encore remarqué le corps étendu au sol et lorsqu'il le vit, il arrêta lui aussi tout mouvement.

 

- Qed, peux tu vérifier si… Souffla alors le prince dont l'assurance habituelle commençait à s'envoler.

 

Qed se pencha sur le corps. Lentement avec une infime précaution il le retourna afin de le mettre sur le dos pour découvrir qu'il s'agissait en fait, d’une jeune fille du même âge qu’eux. Il dégagea doucement les longs cheveux humides venus cacher son visage en s’y collant. La main du garçon resta un instant en suspend, charmé par sa beauté angélique. La jeune inconnue n'avait rien de commun aux autres jeunes filles qu’Amasis et Qed connaissaient. Sa peau était aussi blanche que la porcelaine et ses cheveux bien que mouillés, semblaient de nature plus claire. Elle n'était certainement pas une enfant du peuple d'Albina et venait sans doute d'un pays plus au nord. Amasis qui se tenait en retrait mais observait attentivement la scène, le souffle également coupé  devant la beauté de la jeune endormie.

Sortant de ses songes Qed colla son oreille contre la poitrine de la jeune fille. A son grand soulagement, son cœur battait encore, mais très faiblement. Si on ne lui prodiguait pas de soins rapidement, elle mourrait… 

Qed se retourna vers son ami, un air grave dessiné sur son visage. Il hésita un instant  avant d'annoncer ses conclusions au prince dont le regard s’était durcit.

 

-Elle est vivante. Mais elle a besoin d’être soignée rapidement, se décida-t-il à avouer.

 

Sans lui laisser  le temps d’ajouter un mot de plus, Amasis pris la jeune fille dans ses bras.

 

-Je vais l’emmener au palais. Là-bas, elle aura les meilleurs médecins auprès d’elle.

 

Sur ces mots, le prince tourna le dos à son compagnon, bien décidé à porter la jeune inconnue jusqu’au palais. Cette réaction n’étonna pas Qed. Amasis était comme ça, secourable, et il le reconnaissait bien là. Seulement, cet obstacle naturel portant le nom d'Avalis lui faisait face. Le Prince s’avançait vers le fleuve lorsqu’il fut arrêté par son ami.

 

-Et comment comptes-tu t’y prendre pour lui faire rejoindre l’autre rive ? A la nage ? En la portant sur ton dos ? Tu as beau être le plus fort d’entre nous, seul tu n’y arriveras pas ! Déclara ce dernier.

 

Amasis devait bien l’admettre, son ami avait raison. Traverser le fleuve avec un corps inerte sur le dos était suicidaire. Ils se noieraient tous les deux.

 

-Que proposes-tu alors ?

 

Qed regarda autour de lui à la recherche de quelque chose qui pourrait les aider à transporter la jeune fille. Il remercia les dieux quand il vit une barque pas très loin d’eux.  

 

-Utilisons ceci, répondit-il en pointant son doigt vers la barque.

 

Le prince et son ami se pressèrent vers l’embarcation, déposant avec  d’infinies précautions leur précieux colis lorsque leurs camarades vinrent les retrouver.

 

-Que faites-vous tous les deux ?! Demanda l’un d’entre eux. Je vous rappelle que c’est à la nage que nous devons retourner sur l’autre rive ! Vous trichez !

 

                Qed expliqua alors rapidement la situation à ses amis pendant qu’Amasis tentait de mettre leur barque à l’eau. Comprenant l’urgence dans laquelle ils se trouvaient, ils unirent leurs forces pour aider leurs deux compagnons à mettre leur petit navire sur le fleuve. Une fois à l’eau, Amasis et Qed grimpèrent à l’intérieur. Ils retraversèrent le fleuve en ramant de toute leur force pour rapidement atteindre l’autre rive. Là bas, leurs amies attendaient avec impatience la fin de la course. Elles tenaient entre leurs mains des colliers de fleurs qu’elles avaient elles même confectionnés en guise de récompense comme pour des soldats revenant victorieux d'une guerre, et le plus beau collier fait des plus belles fleurs du pays avait été confectionné par les subtiles et délicates mains d'Ashanti.  Une jeune fille à la peau dorée, aux cheveux noirs qui sous le soleil lançaient des reflets d’ébène et aux yeux d’une même couleur qui brillaient d’un bel éclat comme des diamants. Elle avait un corps mince et portait une robe de lin qui redessinait la perfection de ses formes.  Elle était belle et intelligente. Elle représentait le désir, l’insouciance et la grâce que tous les hommes  rêvaient  un jour d’épouser. Mais voilà, celle-ci était éprise du prince  et repoussait toutes les avances des autres hommes aussi riches, beaux et intelligents qu’ils pouvaient être. Amasis avait lui aussi succombé à son charme envoutant et ils s’étaient offert de nombreuses fois l’un à l’autre dans la nuit chaude du désert. Beaucoup pensait qu’ils finiraient par se marier ensemble, car de noble sang, Ashanti faisait un bon parti pour le prince.

 

Elle s’approcha de son amant pour lui offrir un collier de fleurs mais il l’ignora royalement et la repoussa brusquement, comme pour toutes celles qui lui entravèrent la route, pressé par le temps.

 

-Ecartez-vous ! Disait-il alors qu’il portait dans ses bras une autre fille, inconsciente,  en se dirigeant vers la cité.

 

Ashanti fut surprise qu’il l’a repousse ainsi, ce qui ne l’empêcha pas de lui emboîter le pas, suivit de près par leurs amis.

 

On pouvait distinguer à des kilomètres de distance la citée de Silmeria, capitale d’Albina, où la demeure royale, cerclée par les somptueuses villas nobiliaires, s’imposait par sa splendeur et sa majesté. L’albe éclatant des demeures des nobles, se mariait à merveille avec le vert étincelant des jardins, les reflets des plans d’eau, et amenait délicatement l’œil aux maisons plus humbles de la bourgeoisie citadine, à deux ou trois étages.  Plus on s’éloignait du palais, plus les habitations devenaient simples, jusqu’à devenir de disgracieux cubes au blanc sale et aux volets et portes en bois, où vivait les ouvriers.

Prise entre le puissant fleuve et les hauts murs de l’enceinte, la cité semblait parée d’un magnifique collier. Les remparts, du haut de leurs vingt mètres, reprenaient le blanc chatoyant des maisons et le dernier mètre s’ornait de plaques de lapis-lazuli. Et comme pierres de la parure, de hautes tours s’espaçaient tous les cinq à six cents mètres, gardiennes inébranlables de la capitale.  Pour entrer et sortir, la cité comptait cinq portes dont trois plus monumentales que les deux autres. La plus prestigieuse, à l’Est, était la Porte Royale, qui faisait face au palais. Au Nord, la Porte Aryhenne et au Sud, la Porte Hurlante, à cause du vent chaud remontant le long du fleuve vers le Nord, étaient les grands axes commerciaux terrestres de la ville. Les deux dernières entrées, la Passe d’Opale et l’Huis aux trois chevaux,  servaient essentiellement aux voyageurs de passage. Restait le dernier accès, le Port.

Pouvant accueillir à quai plus de quatre cents bateaux, cette zone de relâche était à l’image de la famille royale : riche et redoutable.  Tous les navires convergeaient vers ce centre économique, où se décidaient les prix des denrées, des étoffes…les taux boursiers, jusqu’aux valeurs des monnaies. Et pour protéger l’accès au bassin d’amarrage, les murs de l’enceinte se refermaient sur l’embouchure du port.

Froide et imposante, la muraille laissait transpirer la puissance et la richesse de la dynastie qui l’avait érigée, par la sueur et le sang des esclaves. La simple vue des pants immaculés faisait renoncer quiconque aurait voulu attaquer la ville. La surface lisse de ces murs dissimulait l’extraordinaire vitalité de la capitale, offrant aux visiteurs un spectacle inoubliable.

 

                Dans cette foule, qui inondait les rues aux sols poussiéreux, Amasis tentait de se frayer un chemin, en portant à bout de bras la belle endormie.

La tâche était ardue, car la foule oppressante n’ayant point reconnu son Prince, vaquait à ses occupations sans lui porter la moindre attention.  De tous côtés, des marchands de tous bords vantaient à la criée les qualités de leurs produits : poissons, viandes, primeurs, épices, alcools, étoffes, bijoux, poteries, armes, bestiaux… Toutes sortes de marchandises locales et venant des quatre coins du monde s’accumulaient sur des présentoirs lourdement chargés. La populace se pressait sur les étals,  remplissant l’atmosphère par leurs cris, négociant les prix et les produits.

L’essaim humain était si dense qu’Amasis était sans cesse poussé, bousculé et ne conservait son équilibre que par miracle. Son entreprise était d’autant plus difficile que son fardeau, aussi joli fut-il, lui pesait de plus en plus dans les bras et l’énergie qu’il avait fournie pour sa traversée du fleuve commençait à lui manquer.

Il avait presque franchis la moitié du chemin quand un corps de garde apparut devant lui. Les soldats fendaient la foule sans distinction de rang social, mais le cortège armé se stoppa net quand l’homme de tête reconnu le fils cadet du roi.

 

 

 

Le gradé de la troupe semblait autant stupéfait que déconcerté face à son prince mêlé au peuple, l’air essoufflé,  et transportant tout contre lui une jeune fille au teint aussi pâle que la lune et des cheveux d’or, qui criaient au monde entier son origine étrangère.

 

 - Que faite vous là ? Continua-t-il d’un ton presque méfiant.

 

 

Sans plus se poser de questions, le chef du groupe, donna de nouvelles directives à ses hommes, qui encadrèrent aussitôt le jeune prince, le séparant de ses amis qui l’avaient suivi,  et le menèrent jusqu’au palais.

 

L’entrée du palais était colossale. Deux colonnes en marbre blanc soutenaient un fronton en demi-lune sur lequel était gravé les plus grands exploits militaire de la dynastie royale. De part et d’autre de la porte, un long mur s’étendait sur cinq cents mètres, formant un ensemble complet d’un kilomètre de long. Le mur était construit dans le même calcaire blanc que la muraille extérieure qui entourait la vaste cité Silméria, en gros blocs de pierre alignés avec une précision démesurée. 

 

Les soldats abandonnèrent Amasis devant la porte imposante, et le jeune homme continua seul son chemin en direction du palais. Il traversa sans les voir les luxuriants jardins royaux qui encerclaient la villa seigneuriale pour gagner à grands pas l’entrée même des lieux.

Tout comme les rues de la ville, les couloirs du palais grouillaient de monde, et l’entrée du prince fut très remarquée.

 

 

 

Certains domestiques s’empressèrent d’obéir à la requête du jeune prince, tandis que d’autres le débarrassaient de son précieux fardeau en lui promettant d’en prendre grand soin.

Amasis regarda alors sa protégée s’éloigner avec un certain pincement au cœur qu’il attribua, faute de mieux, à un vague sentiment de soulagement, sans connaître l’origine de cette amertume nouvelle.

Par Eresh - Publié dans : Aux portes du destin
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